5 août 2017

Le mois métaphysique





Dans la plupart des pays tempérés de l'hémisphère nord, le mois d'août est traditionnellement dévolu aux grandes vacances scolaires de l'été. Etant considéré comme le mois le plus chaud et ensoleillé de l'année, il devient dès lors volontiers synonyme de plage et de farniente.
 
Mais il est aussi la porte de l'évasion sur le no man's land du vide, le plus grand des maîtres à penser, celui que les moines zen courtisent...
 
Une fois la porte du mois d'août franchie vous êtes donc livré à vous-même, que vous ayez jugé bon de courir les aéroports ou que vous préfériez bronzer sur des plages encombrées, vous serez toujours face à vous-même et à vos propres choix.
 
L'été impose l'essentiel et rejette le superficiel, le corps lui-même aime à se dévêtir pour ne garder que le nécessaire. Le superflu fait ici fausse route, ce qui explique sans doute cette course panique du touriste de carte postale, toujours à l'affût d'un programme quelconque qu'il pourrait exécuter pour pallier son inaptitude à combler son vide intérieur.
 
L'homme occidental, déjà largement pourvu de distractions variées grâce aux nombreuses technologies du loisir allant de la télévision à l'ordinateur en passant par la guitare électrique, a depuis longtemps oublié comment s'occuper tout seul et en silence sans sombrer dans un ennui profond.
 
Pourtant le mois d'août est bien le mois idéal pour l'apprentissage mental fondamental : être assis, se mouvoir et sans instructions préalables, apprendre à penser dans le vide. Le grand maître japonais Dogen écrivait : "C'est parce qu'on est éveillé que l'on voit que l'esprit est un et tout à la fois".
 
Car c'est bien ici que s'applique la formidable exclamation cartésienne : "Je pense, donc je suis" !
 
C'est aussi le moment de se déconnecter de toute une série d'idées préconçues et de préjugés. Dans beaucoup de domaines, rien ne vaut l'expérience personnelle et nul ne peut nous imposer son opinion ou ses valeurs. Comme on se jette à l'eau pour apprendre à nager, il faut braver le vide pour apprendre à penser.


 
Illustration :

Vladimir Kusk
 
 
 

4 commentaires:

Fredi M. a dit…


L'inactivité estivale (mais pas seulement) peut très vite vous faire travailler du chapeau, voire même vous confronter à des angoisses incontrôlables.
Il n'est pas donné à tout le monde de ne savoir rien faire, c'est un art qui s'apprend.

Barbara Schreyer a dit…

En effet, vous êtes très observateur.
Dans nos contrées, le citoyen lambda se croit souvent obligé de bouger et de voyager pour avoir l'impression d'être en vacances..

Jean-François M a dit…

Pour ma part, je suis d'une nature introvertie et contemplative, donc je n'ai pas trop de difficultés à faire une pause, quelle soit estivale ou non. Cela ne m'empêche pas d'avoir des activités comme tout le monde et de m'y sentir bien. C'est une question d'équilibre.

Barbara Schreyer a dit…

Vous êtes un sage...
Je réfléchis actuellement à un nouvel article qui ne devrait pas trop tarder à voir le jour.